En début d’année, les femmes doivent prendre moins de place

Comme tous les ans, en début d’année, les publicités, les médias et l’attention culturelle se portent sur un sujet brûlant, passionnant et sans cesse renouvelé : est-ce que toutes ces meufs ne sont pas un peu trop grosses, au fond ?

Est-ce que le monde entier ne serait pas plus heureux, libre, juste et beau si les femmes portaient du 36 et consacraient leur énergie et leurs ressources mentales au maintien d’un tour de taille irréprochable ?

Et en tant que personne qui aide parfois les gens à perdre du poids, ça me saoûle au dernier degré, parce que l’un des concepts qui me semblent les plus fondamentaux au monde, c’est que les gens font ce qu’ils veulent avec leur corps.

Je crois sincèrement que tous les corps ont le droit d’exister, et que toute notre société serait plus heureuse si on s’assurait que nos lieux publics et nos bâtiments privés sont adaptés à une diversité de corps : jeunes, vieux, valides, handicapés, minces, gros, petits, grands.


Problème : actuellement, il y a une injonction collective à la minceur comme condition d’accès. Tu veux aller au cinéma ou prendre le train ? Les sièges ont une largeur maximale, alors t’as pas intérêt à en déborder.

T’as prévu d’aller à la piscine ou à la plage ? C’est quand même un peu la honte de se montrer dans un corps avec des bourrelets.

Tu aimerais te livrer à des activités aussi banales que manger en public, participer à un cours de sport ou t’habiller pour un date ? Tout ça serait plus facile, moins susceptible d’amener des regards insistants ou des remarques si seulement tu étais mince.

Combien de personnes se sont déjà dit qu’elles quitteraient leur job tout nul, referaient leur garde-robe, s’offrirait ce tatouage ou ces vacances, se sentiraient enfin mieux, quand elles auraient perdu du poids ?

Qui nous a vendu l’idée qu’on ne pouvait pas faire ce qu’on voulait, ce qui nous faisait envie ou nous inspirait, sans d’abord changer la forme de notre corps ? A qui elle profite, cette idée ?

Et d’où on laisse l’industrie du régime, un monstre qui engrange tous les ans plus de 250 milliards de dollars, nous suggérer qu’elle nous rend un service quand elle nous affirme qu’on n’est pas assez bien tels qu’on est ?


« Mais toi, tu proposes aux gens de perdre du poids avec l’hypnose, non ? »

Oui, parfois. Je ne suis pas anti-perte de poids, justement parce que je pense que les gens font ce qu’ils veulent avec leur corps. Parfois, mes clients ont envie de maigrir, pour des raisons qui les regardent, et parfois c’est un tiers qui le leur demande, par exemple pour avoir accès à un soin.

L’hypnose peut effectivement les aider à atteindre leurs objectifs. En parallèle, on travaille en général des éléments de rapport au corps, d’une recherche de neutralité et de douceur au sein de ce rapport.

Perdre 15kg avec l’hypnose, c’est facile, mais ce n’est pas le problème. Comment on respecte ce corps dans ses besoins, comment on gère ses émotions, comment on s’assure qu’on ne projette pas sur les autres corps des injonctions à son tour ; ça, c’est la partie importante du travail.


Alors peut-être que pour cette fin d’hiver, on pourrait collectivement se laisser tranquilles ; garder pour nous nos idées sur le corps des autres, dire aux algorithmes qu’on ne veut pas de leur contenu « perte de poids » ou « inspiration minceur » éclaté au sol, et plutôt que de chercher tout de suite à changer nos propres corps, se demander à quoi ça ressemblerait, une ville et une société construites pour s’adapter à nous.

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