Il se passe quoi si mon thérapeute c’est ChatGPT ?

Plein de gens utilisent des modèles de langage (LLM) comme ChatGPT pour explorer des émotions et des pensées. Il peut s’agir de se plaindre un moment sans embêter les amies à qui on a déjà parlé 50 fois du problème, de vouloir lire “ouais t’as raison, il t’a mal parlé” sans une longue conversation, ou même de transformer des réponses pour les adapter à leur destinataire (“aide-moi à reformuler ce que je dirais à ma sœur pour que ce soit moins agressif”).


C’est sympa, ça ne marche pas si mal que ça, et on se sent tout de suite mieux. En 2026, se sentir soulagé en trente secondes, sans devoir prendre rendez-vous et pour 20 balles par mois, c’est le genre de deal qui ne se refuse pas.

Il n’y a qu’un problème à cette vision des choses. La thérapie, ça n’a rien à voir avec ça.

Aider, ce n’est pas valider sans cesse 

L’hypnose est un outil impliqué dans les thérapies brèves, ce qui veut dire que je vois mes clients entre une et dix fois pour un même problème. On pourrait se dire que c’est le genre de choses qui va avantageusement être remplacé par des sessions avec un modèle de langage, plus qu’une thérapie longue avec un psychologue ou même de la TCC où un professionnel nous tient la main pendant qu’on s’expose à ce qu’on redoute - mais on se tromperait.

Parce que toutes les thérapies, à leur coeur, ont en commun le truc qu’un modèle de langage ne fait pas : la démarche thérapeutique où quelqu’un voit comment et en quoi on souffre, nous adresse de la compassion, et ensuite refuse de nous laisser nous apitoyer et nous dit des trucs qui nous titillent et nous mettent mal à l’aise pour nous encourager à changer.


Pourquoi tout le monde ne va pas en thérapie ? Parce que c’est difficile ! C'est pénible de montrer de la vulnérabilité à quelqu'un et d'apprendre cet équilibre délicat entre la prise de responsabilité pour ses erreurs, le maintien d'une identité stable, et la curiosité nécessaire pour un changement graduel vers une version de soi qui est plus heureuse.

Bien sûr que c'est plus confortable de ne rien changer et considérer que c'est les autres qui ont tort ; c'est d'ailleurs à ça que servent les amis. Quand notre collègue insupportable nous agace prodigieusement, on veut que nos amis nous disent que c'est une raclure, pas qu'ils prennent leur air curieux pour demander “mais aide-moi à comprendre, toi, tu as fait quoi pour lui poser des limites ? Quelles solutions concrètes tu mets en place pour faire changer la situation ?”.

Je pense que c'est ça qui se passe quand on remplace son thérapeute par un modèle de langage. On se coupe toute opportunité de réel changement, de réelle croissance, parce qu'on est face à un programme qui va toujours nous donner raison même quand on lui demande d'être critique.

Il ne remplace pas l'expérience de thérapie, que ce soit l'hypnothérapie ou une autre. Il remplace l'expérience d'interaction amicale, la parodiant au passage, et nous fait perdre d'autant plus de temps qu'on voulait aller mieux, et qu'il nous a temporairement convaincu que ca se résumait à prendre un morceau de sucre et penser à autre chose.

Bref, il se passe quoi si ChatGPT c’est mon psy ? Il ne se passe rien du tout. Et c’est bien ça le problème.

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