C’est quoi au juste une thérapie brève ?

Récemment j’étais en supervision - un thérapeute pour les thérapeutes où on parle de notre travail - et ma superviseuse me demandait ce que je mettais dans la notion de thérapie brève.

Est-ce que c’est une durée ? Est-ce que c’est une approche, une façon de conceptualiser ? Une liste d’outils qu’on s’autorise et d’autres qu’on laisse de côté ?

Pour moi la thérapie brève, telle que je la conçois pour mes clients, c’est un peu de tout ça. C’est effectivement un nombre de RDV, qui définit du coup une durée dans le temps, parce que sans forcément s’arrêter à un chiffre précis, je considère qu’une dizaine de séances est un bon maximum. Je ne m’interdis pas d’en faire onze ou douze, mais si au bout de huit-dix séances, on n’a pas de changement notable, c’est que mon approche ne convient pas à mon client, tout simplement.

Avec l’hypnose, mes clients observent en général des changements dès la première ou la deuxième session, alors il me semble cohérent de considérer qu’une dizaine, peu ou prou, va suffire à solutionner la problématique, ou à changer le regard du client sur elle de manière à ce qu’elle ne soit plus si envahissante.

C’est aussi une manière de concevoir les choses : en se concentrant sur un changement durable et les solutions à déployer, et en évitant le piège de l’analyse pour l’analyse. Je pense que c’est cet élément en particulier qui est à la fois très significatif et aussi très subtil. Un peu d’analyse me semble toujours intéressant : quand est-ce que le symptôme est arrivé, dans quel contexte ? A quoi est-ce que le client le relie ? Est-ce que quelqu’un d’autre dans sa famille vit ou a vécu une situation comparable ? Quels avantages amène-t-il, ce symptôme, quel rôle joue-t-il ou quel problème plus graves empêche-t-il ? 

Et en même temps, à analyser, j’ai l’impression qu’on peut vite tourner en rond et avoir un sentiment de progrès quand on “découvre l’origine”, réelle ou supposée, d’un phénomène, et perdre de vue que résoudre le phénomène était le but initial. 

Enfin, c’est aussi certains outils. L’EMDR est un outil que j’utilise, par exemple. Certaines approches ou certains concepts tirés de la thérapie systémique en sont aussi, même si l’hypnose reste mon multi-tool du quotidien. Toutes ces techniques, ces leviers d’action, sont tirés des thérapies brèves.

Un traitement médicamenteux, à l’inverse, c’est un outil qui n’est pas typique de la thérapie brève, et je ne m’en sers pas. Je ne suis pas formée à l’utilisation de cet outil, je n’ai pas les connaissances nécessaires ; je serais aussi en-dehors du cadre légal si je m’en servais, précisémment parce que je n’ai pas les connaissances, et il ne rentre dans pas le cadre conceptuel de ma pratique. 

Cela ne veut pas dire que cet outil est incompatible avec les miens - j’ai des clients qui prennent des anti-dépreseurs en plus de l’hypnothérapie -, mais ce n’est pas moi qui m’en sers.

La thérapie brève, à mon sens, c’est donc un ensemble. C’est une durée brève - un terme volontairement subjectif - ainsi qu’une manière de voir les choses et des outils spécifiques, tous déployés dans le but de résoudre un problème avec des résultats observables assez vite, et durables dans le temps. 

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